djourou
une corde à ton cou |
CRITIQUES |
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«Djourou», la dette
au cou
Un documentaire impertinent sur la faillite politique et économique
du Mali.
Par Christian LOSSON
mercredi 08 juin 2005
djourou est un ofni (objet filmé non identifiable) proche de l'arte
povera. Ça tombe bien : il est question de pauvreté (durable)
et d'exclusion (insoutenable). Images nourries d'archives, sons mâtinés
de commentaires littéraires, ce film se penche - sans s'épancher
- sur l'étau de la dette (djourou signifie dette et corde au cou).
On est au Mali, que la communauté internationale range, par euphémisme,
dans les PMA, les pays les moins avancés.
On s'y fraye un chemin sur les raisons d'«une excision économique».
Ou comment les pays du Nord filent d'une main (les aides publiques au
développement) ce qu'ils reprennent dix fois de l'autre (la rente
de la dette et les subventions agricoles à leurs paysans). Résultat,
depuis vingt ans, sous la dictée et les diktats du FMI, les seuls
intérêts de la dette extérieure à rembourser
dépassent le budget consacré à la santé et
à l'éducation. Et l'espoir démocratique né
en 1991 se retrouve étranglé par le noeud coulant des pays
riches. Noué avec la complicité des élites locales,
corrompues ou aveugles.
Olivier Zuchuat avait déjà planché sur la spéculation
des marchés des changes. Mathématicien et adepte de la théorie
des collisions, il fracasse en douceur les certitudes. Questionne plutôt
qu'il n'assène. Avec un vrai regard sur le mal-développement.
Qui écorche les tiers-mondistes béats, étripe les
laudateurs de la mondialisation. Un bijou aussi visuellement mal poli
qu'il est politiquement malpoli
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Critique
"Djourou, une corde à ton cou" : le Mali, cas
d'école du surendettement, vu au prisme de la vie quotidienne
LE MONDE
Djourou est un mot du vocabulaire bambara dont la signification résume
la problématique du film d'Olivier Zuchuat. Djourou réunit
sous le même vocable les notions de"dette" et de "corde
au cou" . Olivier Zuchuat relève ici brillamment un défi
: celui de faire un cours d'économie sur grand écran, dénoncer
la spirale des dettes des pays sous-développés à partir
de l'exemple du Mali, premier producteur de coton d'Afrique de l'Ouest.
Cliquez ici !
Rappels historiques : en 1961, le Mali indépendant porte au pouvoir
l'ancien instituteur socialiste Modibo Keita qui emprunte des millions
mais ne parvient pas à faire sortir son pays de l'âge du
forgeron.
En 1968, avec l'appui de la France de Pompidou, un putsch propulse le
parachutiste Moussa Traoré à la tête de l'Etat. "Un
dictateur militaire vaut mieux qu'un utopiste trop proche de Moscou et
de Castro" , raille Zuchuat. Devenu république bananière
en proie aux répressions, purges et procès politiques, le
Mali s'enlise. Il bénéficie dans les années 1970
de prêts des banques centrales de pays industrialisés en
quête de débouchés,"aides liées"
que Zuchuat résume en ces termes acides : "Je te prête
de l'argent avec des intérêts, mais avec cet argent tu m'achètes
mes produits, mes technologies et mes centrales hydroélectriques.
Pour la forme, je proteste un peu au sujet des droits de l'homme mais
j'évite les sujets qui fâchent." Epauler les pays en
voie de développement est une affaire rentable.
A la suite de corruptions, détournements, "mauvaises gestions",
le Mali se retrouve surendetté. En 1980, il a accumulé une
dette extérieure de 700 millions de dollars, équivalant
à la moitié du produit intérieur brut. En pleine
crise financière, les Etats-Unis imposent à la finance internationale
le triplement des taux d'intérêt. La dette du Mali double,
ses prêts sont diminués de moitié, ses exportations
de coton s'effectuent à prix réduit et ses importations
à prix croissant. Le Fonds monétaire international interdit
aux Maliens de subventionner l'achat d'engrais pour le coton, alors que
c'est justement la vente de coton qui rembourse la dette malienne, désormais
quadruplée.
Depuis 1991, le Mali a retrouvé un gouvernement démocratique
et a bénéficié de deux allégements de sa dette
mais n'a jamais récupéré l'argent détourné
par Traoré et reste sous le joug des pays amis à la générosité
vampire. Tout ce qui est dépensé pour le remboursement de
la dette est un manque à gagner pour la santé et l'éducation.
Comment faire passer un discours aussi ingrat et aussi complexe que la
dette internationale en images ? Sobrement, Olivier Zuchuat réussit
à signer un film passionnant en dissociant images et son.
En dehors des interviews assez brèves du ministre malien des finances,
d'un expert en économie du développement, d'avocats helvétiques
chargés de retrouver l'argent de la dictature dans les coffres
des banques suisses, d'un représentant du FMI, de quelques paysans
planteurs de coton et d'un histrion de village dépeignant le PAD
(Programme d'aide au développement) comme "un monstre invisible"
, il ne nous donne à voir que des actualités filmées
et des plans fixes de rues où les Maliens vaquent à leurs
occupations.
L'image échappe ainsi à l'illustration littérale
du discours de l'auteur pour proposer en parallèle une autre approche,
celle d'une vie quotidienne au Mali qu'il n'est nullement utile de commenter.
Le texte qu'Olivier Zuchuat lit en voix off a de son côté
la qualité d'être brillant et explicite, caustique à
l'encontre de l'"implacable mathématique" des puissants,
égayé de références littéraires qui
vont d'un haïku d'Henri Michaux à une phrase de Jacques Derrida.
Documentaire français. (1 h 04.)
Jean-Luc Douin
Article paru dans l'édition du 08.06.05
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Djourou,
une corde à ton cou
Comme bien des pays africains, le Mali va droit dans le mur. Amené
à produire de plus en plus de coton, alors que le prix du marché
s'effondre. Et condamné à s'endetter toujours plus pour
rembourser des intérêts qui, à la longue, sont devenus
supérieurs aux sommes empruntées. « Djourou »
signifie « dette », mais aussi la corde que les désespérés
se passent au cou pour se pendre. Réalisé par un ex-mathématicien,
le film explique avec une logique sèche les méandres d'une
politique mondialiste qui mise sur la dette pour appauvrir les pauvres
et enrichir les riches. Constat éclairant et désespérant.
Pierre Murat
Edition du 8 juin 2005
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culture
L’écrasante logique des mathématiques
Documentaire. En prenant appui sur l’exemple éloquant
du Mali, Olivier Zuchuat signe ici un réquisitoire en règle
sur la dette de l’Afrique subsaharienne.
Djourou, une corde à ton cou,
documentaire d’Olivier Zuchuat. France, 1 h 4.
Comment l’aide au développement est-elle devenue ce piège
qui étrangle chaque jour davantage les populations qui auraient
dû en « profiter » ? Un instrument de
la poursuite de la prédation des économies du Sud par les
pays du Nord par d’autres moyens - pour paraphraser Clausewitz ?
Olivier Zuchuat s’efforce de répondre dans un « essai
économique » écrit à la première
personne et centré sur l’exemple du Mali. Celui qui signe
avec Djourou, une corde à ton cou son troisième film documentaire
a fait des études de physique et de la recherche en théorie
des collisions avant de s’essayer à la mise en scène
de textes de Bertolt Brecht et de Heiner Müller.
C’est pourtant sa rencontre avec Sans soleil, de Chris Marker, qui
détermine son désir de cinéma. On retrouve un peu
de cette trinité originaire dans la construction de Djourou... :
un commentaire volontiers littéraire, voire théâtral,
doublé d’une manière d’organiser des collisions
entre les discours des protagonistes d’une tragédie moderne
dont on se demande s’ils vivent sur la même planète.
Quoi de commun en effet entre un fonctionnaire du Fonds monétaire
international qui, le costume impeccable, tricote sigles technocratiques
et autres « points d’achèvement » à
l’appui d’un credo dont les dégâts, eux, sont
réels, et ces villageois maliens qui prennent la caméra
à témoin de leur impuissance ? Zuchuat ajoute un troisième
ingrédient à ce dialogue de sourds, les archives des actualités
cinématographiques maliennes, pour montrer comment cette « histoire
de dette est aussi une dette de l’histoire » : celle
d’un pays qui a connu la férule d’un dictateur féroce,
Moussa Traoré ; parvenu au pouvoir par un coup d’État
avec l’appui de la France en 1968. Pendant son règne, le
Mali a reçu des millions de dollars à des taux très
bas qui ont servi à financer des routes, des usines, un barrage,
mais qui ont surtout été détournés pour garnir
des comptes en Suisse. De cette gabegie, le Mali ne s’est pas encore
relevé, plombé par la baisse continue des cours du coton
(sa principale ressource en devises), étrillé par des ajustements
structurels successifs, étouffé par la logique du « marché
de la dette » et de cette curieuse mathématique financière
qui veut que le pays ait déjà remboursé aux pays
riches sept fois les montants empruntés alors que sa dette a été
multipliée dans le même temps par quatre !
« Le progrès rembourserait, disait le parti [le Parti
unique de Moussa Traoré - NDLR]. Le progrès rembourserait,
disaient les bailleurs de fonds. Le progrès rembourserait... »,
constate le commentaire sur un raccord qui, d’une archive en noir
et blanc montrant une salle de machines « futuristes »
des années cinquante, passe aux couleurs actuelles d’une
forge d’un autre âge. Car le Mali continue de vivre à
l’âge du forgeron. Alors, « qui aide qui ? ».
Au terme de ce court voyage dans les arcanes d’une modernité
obstinément insupportable, le spectateur se sera certainement fait
une opinion. Reste que les ressources du cinéma mobilisées
par Olivier Zuchuat peinent à dépasser le stade d’un
réquisitoire en règle et distancié. Ni plus ni moins
méritant que d’autres films creusant une veine similaire.
Emmanuel Chicon
Article paru dans l'édition du 8 juin 2005.
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LE NOUVEL OBSERVATEUR
Djourou, une corde à ton
cou
Documentaire français. 1h04.
Une leçon d’économie altermondialiste, sensible et
limpide, par un jeune cinéaste d’origine suisse. Son sujet
: illustrer la dette des pays d’Afrique, à travers le cas
du Mali. Un pays qui a déjà remboursé sept fois l’aide
au développement reçue dans les années 1970, mais
qui continue d’emprunter pour payer les intérêts de
ses dettes originelles. Un pays qui vit essentiellement du coton, et qui
ne fabrique pas un tee-shirt. Nul n’ignore que le marché
mondial est une farce sinistre, mais des piqûres de rappel sont
indispensables, en antidote à la rhétorique des politiques
et des technocrates.
Gilles Verdiani
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Djourou, une corde à ton
cou
Documentaire d'Olivier Zuchuat (Fr 2004 1h.)
Une enquête ennuyeuse et à la voix off omniprésente
sur la dette extérieure qui étrangle le mali.
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Djourou, une corde à ton
cou
de Olivier Zuchuat (Suisse)
Olivier Barlet
publié le 17/06/2005
"Je suis né dans un pays qui accueille plus volontiers l'argent
des étrangers que les étrangers". Le ton de ce film
sera résolument personnel. Et les images saccadées de cygnes
sur le lac Leman annoncent elles aussi un ton décalé chaque
fois que le commentaire se penche sur la relation au sujet. La Suisse
ne sera pas le lieu du film, même si l'on y retourne pour suivre
les traces des comptes où viennent dormir l'argent détourné.
Car c'est bien l'Afrique le centre, et plus spécialement le Mali.
Ce que nous conte Olivier Zuchuat avec la douceur du désespoir
est tout aussi édifiant que Le Cauchemar de Darwin mais il n'utilise
pas les ficelles éculées du sensationnel misérabiliste
: ce film n'aura pas le même succès public mais il servira
sans doute davantage son sujet. Le sérieux adopté dans l'approche
le fait passer du reportage fondé aux archives historiques pour
cerner en partant de l'exemple du coton malien les différentes
strates du cycle infernal de la dette. Le réalisateur assume ses
choix, non seulement par son commentaire engagé qui annonce clairement
la couleur, mais aussi et surtout par la façon dont il donne la
parole aux intéressés. Il est frappant de voir à
quel point le degré de conscience et même de rhétorique
du paysan malien est tout aussi élevé que ce dont témoigne
leur ministre : tous ne peuvent que tirer un accablant constat d'un engrenage
sans fin. Toute la chaîne est endettée, du paysan à
l'Etat et chacun s'endette pour payer la dette. Le film n'est donc plus
l'histoire de la dette mais la dette de l'Histoire. Et nous voilà
parti dans les actualités d'époque qui nous rafraîchissent
la mémoire sur l'Histoire malienne : sous Modibo Keïta, on
croit que le progrès socialiste remboursera la dette, c'est du
moins ce qu'affirment aussi bien le parti que les bailleurs. Sous Moussa
Traoré, l'aide au développement sera l'arme de la France
pour s'acheter la dictature. Pas de souci : elle est liée –
les prêts financent les entreprises françaises. Comme le
dit Georges Bataille, "la dépense n'a pas été
productive" et la perfusion est devenue ponction. Les dix ans d'Alpha
Oumar Konaré ne renverseront pas la vapeur des compromissions et
corruptions, si bien que les rapeurs peuvent chanter : "Les magouilles
dans notre pays, on va tout vous raconter".
Qui s'endette perd sa liberté : FMI et Banque mondiale font les
politiques et serrent la ceinture, tandis que le remboursement de la dette
est plus cher que les budgets de l'Education et de la Santé réunis.
Dans son ironie amère, le film cherche des métaphores et
les mets en images : des fillettes s'escriment à puiser de l'eau
tandis que le commentaire nous parle d'une Afrique qui cherche à
mettre la tête hors de l'eau.
Ce n'est qu'à ce degré d'illustrations clins d'oeil que
le film se dégage d'une scolaire démonstration : la poésie
est absente, place au sujet. Les spécialistes sont convoqués
dès qu'une explication est nécessaire. Le spectre libéral
du Nepad est évoqué par un griot comme un "monstre
invisible" : "Vous êtes en train de vous faire avoir à
nouveau". Injustice : les Etats-Unis et l'Europe subventionnent leur
coton sept fois plus qu'ils n'aident au développement. Et le Mali
ne produit pas un seul T-Shirt.
La recolonisation : pour annuler la dette, on la convertit en aide au
développement… des entreprises françaises. La publicité
de Western Union le dit bien : "J'envoie beaucoup plus que de l'argent".
"Je te donne, tu me dois" : quelle puissance voudrait annuler
un si bel outil ? Sans avoir la puissance cinématographique d'un
cri d'alarme, le film-constat d'Olivier Zuchuat appelle à la vigilance
en soulevant le voile des beaux discours de générosité
alors même qu'ils font la une des journaux, ce qui est loin d'être
inutile.
Olivier Barlet
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Visions
du Réel 2005 - Festival International de Film documentaire
(Nyon).
« Je suis né en Suisse, un pays qui accueille plus volontiers
l'argent des étrangers que les étrangers… Je suis
né dans un pays à double visage, qui a su créer la
Croix-Rouge et dont les banques ont une responsabilité dans la
crise de la dette des pays du Sud… » Ainsi débute Djourou,
une corde à ton cou, un réquisitoire implacable d'Olivier
Zuchuat, qui démonte, au travers du cas du Mali, la spirale de
l'endettement dont sont victimes nombre de pays en voie de développement.
Et pourtant, le Mali avait devant lui un avenir prometteur. L'un des
premiers pays africains à connaître l'indépendance au seuil
des années soixante, sa production de coton avait de quoi lui offrir
de généreuses perspectives sur les marchés internationaux.
Las, trois décennies de régime autoritaire — d'abord
socialiste, ensuite militaire — ne lui ont pas permis décoller.
Pis encore — et le film en fait la démonstration imparable
—, il est entré dans une logique de dépendance économique
où la dette même se révèle source de profits
considérables pour l'Occident.
Tous en prennent pour leur grade : les anciennes puissances coloniales,
les révolutionnaires, les dictateurs, la Banque mondiale, le Fonds
monétaire international et le Fonds européen de développement.
Mêlant considérations historiques et constat économique,
ne négligeant pas la situation interne d'un état gangrené
par la corruption, convoquant témoins et experts, Djourou, une
corde à ton cou dresse un portrait sans complaisance de pays pris
dans l'étau de la mondialisation.
Bertrand Bacqué in Catalogue de Visions du Réel 2005
- Festival International de Film documentaire (Nyon).
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www.cinema-education.fluctuat.net
Djourou, où comment la dette étrangle
l'Afrique
Avec son unique salle parisienne et ses deux séances par jour,
Djourou, une corde à ton cou pèse aussi peu dans le paysage
cinématographique français que le Mali dans l’économie
internationale. Raison de plus pour accorder la place qu’il mérite
à ce documentaire qui dénonce le scandale de la dette du
Tiers Monde.
Ici pas d’interpellation directe du consommateur européen
comme dans le Cauchemar de Darwin, mais, à travers le cas du Mali,
une analyse rigoureuse et percutante d’un fait économique
complexe (quoi de plus virtuel pour le citoyen lambda que ces sommes astronomiques
qui planent comme une épée de Damoclès au dessus
des populations du tiers-monde) aux conséquences pourtant cruelles.
Par sa construction (voir les critiques du film de Libération et
surtout du Monde) alternant images d’archives, plans fixes du quotidien
malien et quelques interviews ciblés (un ministre, un paysan, un
représentant du FMI), par son commentaire très écrit
surtout, le film du suisse Olivier Zuchuat rappelle le superbe Le Profit
et rien d’autre de Raoul Peck et sa lancinante litanie : «
Je viens d’un pays qui n’existe pas ».
C’est potentiellement (et pour l'année prochaine !) un bon
support pédagogique pour le programme de géographie des
terminales (principalement le chapitre sur "Les Suds", voire
pour illustrer l’explosion des flux financiers mondiaux dans la
partie "L’espace mondialisé"), mais il peut également
servir en histoire (le film revient sur la décolonisation et l’histoire
post-coloniale du Mali) et en SES (pour évoquer le problème
du financement de la croissance des pays en développement).
En attendant, on pourra se précipiter aux débats proposés
dans les salles autour du film (les 8, 9, 10, 11 et 13 juin à Paris
puis en province) mais également approfondir le sujet sur le Net
: sur le site du film d’abord (qui propose dossier de presse, articles
de presse et interview du réalisateur) puis sur les innombrables
sites militants consacrés à l’annulation de la dette
ou à la réforme des institutions financières internationales.
Pour ne citer qu’un article, le plus clair et le plus pédagogique
: La tragédie de la dette en cinq actes, sur le site du Comité
pour l’Annulation de la Dette du Tiers-Monde, qui analyse l’origine
et la nature (dette privée, dette multilatérale, dette bilatérale)
de l’endettement du tiers-monde, expose les causes de la «
crise de la dette » au début des années 1980 et raconte
l’étau qui se resserre depuis sur les pays pauvres (le Mali
par exemple, toujours débiteur de 2,7 milliards de dollars, alors
qu’il a déjà payé sept fois les montants empruntés).
On pourra compléter par le point de vue plus institutionnel (mais
on arrive aux mêmes constats) de la Documentation française.
NB, pour conclure : En bambara, le mot djourou a deux significations
: il désigne à la fois la dette et la… corde du pendu.
[Djourou, une corde à ton cou d'Oliver Zuchuat, 2003 Distribution
: Paradoxe ; sortie le 8 juin 2005]Posté dans Dans les salles par
zama le 08.06.05 à 16:01 - 0 commentaire
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JE TE DONNE, TU ME DOIS...
Djourou, une corde à ton cou
Réalisé par Olivier Zuchuat
Ce deuxième film du réalisateur suisse (auparavant mathématicien
et dramaturge) est une véritable leçon d’économie
filmée, étayée de réflexions personnelles,
et qui réussit à ne jamais verser dans le manichéisme.
À l’heure où Tony Blair se rend à Washington
pour tenter de convaincre George Bush d’adhérer à
son « plan Marshall » pour l’Afrique (annulation
de 100% de la dette bilatérale et multilatérale) avant le
sommet du G8 en Ecosse, le 6 juillet, voici qu’apparaît sur
les écrans français Djourou, une corde à ton cou.
En bambara, « djourou » signifie à la fois
« dette » et « corde au cou ».
Un documentaire militant de plus en faveur de l’annulation de la
dette ? Peut-être, mais un documentaire très fourni
et -précisément- documenté, évitant de la
sorte tout manichéisme.
Pour cela, le réalisateur convoque d’abord l’histoire ;
en utilisant des archives d’actualités filmées, il
pose le préalable indispensable pour comprendre comment le Mali
en est venu à cette situation. Quelques rappels : en 1961,
le socialiste Modibo Keita est porté au pouvoir d’un Mali
indépendant. Alors que les colons sont partis et que l’Angleterre
fête le bicentenaire de sa révolution industrielle, le Mali
s’enlise dans l’âge du forgeron. En 1968, le dictateur
militaire Moussa Traoré prend le pouvoir à la faveur d’un
putsch. L’homme sur lequel la faute devrait ressurgir uniquement ?
Dans les années soixante-dix, le Mali emprunte à tout va
aux banques et institutions financières du Nord qui cherchent à
placer leurs « pétrodollars », et une spirale
sans fin s’amorce alors. Corruption, mauvaise gestion et détournements
pèsent encore sur le Mali d’aujourd’hui. Depuis 1991,
le pays a retrouvé un gouvernement démocratique avec Amadou
Toumani Touré à sa tête depuis 2002, mais n’a
jamais récupéré l’argent détourné
par Moussa Traoré. La dette ? « Quel puissant voudrait
annuler un si bel outil ? » questionne le réalisateur
en voix off, « je te donne, tu me dois ».
Un adage qui prend tout son sens dans la bouche de James Wolfensohn,
ex-président
de la Banque mondiale, qui déclare, lors d’une conférence
de presse à Manille, en mars 2000 : « Si vous avez
une société basée sur l’annulation de la dette,
qui investira dans la dette ? L’annuler bousillerait le marché ».
Constat brutal et sans appel mis en exergue, comme d’autres, distillés
au fil du commentaire. Bien que le Mali ait payé sept fois les
montants empruntés, sa dette est aujourd’hui estimée
à 2,7 milliards de dollars.
Filmer la dette, expliquer les rouages de la macroéconomie n’est
pas a priori très cinégénique. Mais Zuchuat fait
de son documentaire un véritable essai filmé à la
première personne, qui prend parfois des accents méditatifs.
Le réalisateur convoque ainsi Michaux ou encore Derrida (il a fait
des études de lettres et de philosophie après sa formation
de physicien), apportant le côté humain nécessaire
pour ingurgiter une telle leçon d’économie. De même,
en choisissant de dissocier les images et le son, il offre au spectateur
une esthétique du quotidien au Mali tout en expliquant les rouages
de cette dette qui l’étrangle. Zuchuat promène ainsi
sa caméra en de nombreux plans fixes dans les rues de Bamako où
fourmillent les petits commerçants (la débrouille...), ou
dans les champs des campagnes maliennes : un pays qui continue de
vivre malgré cette corde à son cou. Djourou est un documentaire
passionnant qui possède le grand mérite de nous faire comprendre
un mécanisme compliqué.
Sarah Elkaïm
Image © Les Films du Paradoxe
Réalisation, montage : Olivier Zuchuat Image : Corinne
Maury et Olivier Zuchuat Son : Makanfing Konate, Gautier Soll, Frédéric
Choffat Producteurs délégués : Serge Lalou,
Virginie Vallat Directeurs de productions : Charlotte Uzu, Bénédicte
Félix Etalonnage : Eric Salleron Mixage : Stéphane
Larrat Traduction : Abdoulaye Diarra Coproduction : Les Films
d’ici, Les Films du Mélangeur, TV10 Angers, avec la participation
de TV5, TSR, SVT et du CNC et le soutien de Procirep/Angoa-Agicoa, CNCD
-Opération 11.11.11 (Belgique), du CADTM, de la Communauté
Européenne et de la Fondation Montorgue. France - 2004 - 64 minutes
- Beta numérique -Couleur/NB Français/Bambara sous-titré
français.
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O de conduite ( UFFEJ) - mai 2005
Entretien avec Olivier Zuchuat
Vous avez une formation de physicien, comment vous êtes-vous
dirigé vers la réalisation de films documentaires ?
J’ai fait des études de physique mathématique en
Suisse et en Irlande où j’ai fait un peu de recherche, en
théorie des collisions. À la suite de cela, je suis resté
quelque peu insatisfait, j’ai trouvé tout cela très,
très « froid ». J’ai repris des études
de Lettres, en philosophie et littérature française. Au
gré des hasards que la vie vous offre parfois, je me suis dirigé
vers le théâtre. J’ai commencé à travailler,
comme dramaturge ou metteur en scène sur des textes de Bertolt
Brecht et de Heiner Müller principalement. J’ai ensuite rencontré
le metteur en scène allemand Mathias Langhoff avec qui j’ai
travaillé sur une de ses mises en scène, Le Révisor
de Gogol. Comme dramaturge, je consacrais beaucoup d’énergie
à malmener des textes, à les récrire pour que la
scène théâtrale soit en prise avec la grande «
bouilloire » qu’est notre monde contemporain. Un jour, je
suis allé voir Sans Soleil de Chris Marker. Son film m’a
profondément marqué et j’ai eu comme un grand éclair
: « voilà, c’est cela que je devrais essayer de faire. »
Votre premier film était déjà consacré
à l’économie ?
Pour quelqu’un qui a un passé de mathématicien, les
rouages de la macro-économie sont quelque chose de fascinant. Tenter
de comprendre les mécanismes des grands flux financiers qui circulent
autour de notre planète et leurs influences sur la vie des uns
et des autres. Mon premier film s’intéressait à la
spéculation sur les marchés des changes. On voyait comment
des traders dans les banques arrivaient à lancer des attaques spéculatives
qui déstabilisaient les monnaies et faisaient que d’un seul
coup des petits paysans thaïlandais voyaient le prix de certaines
denrées de base doubler en quelques jours...
Comment êtes-vous arrivé à l’écriture
et à la réalisation de Djourou?
Je suis parti au Mali avec ma compagne qui réalisait un film sur
la chanteuse malienne Mah Damba. Pendant le tournage de ce film, je me
suis rendu compte de l’étendue de la crise de la dette qui
sévit en Afrique; De là est née l’idée
de ce film.
Dans Djourou vous faites très rapidement un retour sur l’histoire
post-coloniale du Mali, le rôle de Modibo Keita après l’indépendance
et de Moussa Traoré son successeur marquant le retour de l’influence
de l’ancienne puissance coloniale. Et vous n’hésitez
pas à faire une comparaison entre le Mali et la Corée, deux
pays entrés à la même époque dans l’indépendance.
Le Mali, comme bien d’autres pays africains, a gagné son
indépendance au début des années 60 ; la Corée
a peu près simultanément. A cette époque, les deux
pays avaient des situations économiques et géopolitiques
semblables. Aujourd’hui, nous avons une puissance économique
majeure qui est la Corée du Sud et d’un autre côté
un gâchis absolument terrifiant. C’est une des grandes énigmes.
J’ai essayé de disséquer l’histoire du Mali.
Les pays colonisateurs se sont retirés alors qu’on était
en plein milieu de la Guerre froide. A partir de ce moment, tous les pays
du Sud ont été de nouveaux territoires à conquérir
idéologiquement et politiquement. Cela a été une
bataille à coups d’aide au développement. Le Mali
a pris le virage socialiste, les Russes sont arrivés par exemple
avec une usine de ciment clés en main, complètement surdimensionnée
et qui n’a jamais vraiment fonctionné. On a emprunté
beaucoup d’argent, mais est-ce que le Mali était réellement
prêt à passer en 10 ans d’une espèce de préhistoire
coloniale à l’ère industrielle ? Il n’y avait
qu’un seul lycée pour tout le Mali quand les Français
étaient là. Et tout d’un coup, à l’Indépendance,
le pays se retrouve avec un afflux massif de nouvelles technologies qui
arrivent mais il n’y a pas de travailleurs suffisamment qualifiés
pour les utiliser et de la sorte tous les emprunts qui ont été
faits pour les financer n’ont pas été « rentables
». Les tigres de l’Asie s’en sont mieux tirés,
mais à quel prix…
Le système de la dette est entré dans les mœurs
des systèmes financiers dopés par la mondialisation. Un
peu à la manière des crédits « revolving »
proposés aux petits emprunteurs de nos pays. Qu’en dites-vous
?
Il y a une spirale infernale qui s’est mise en place ; on a fini
par prêter de l’argent pour rembourser la dette en faisant
ainsi d’autres dettes. En matière de micro-économie,
la finance internationale est placée sous la gestion du Fonds Monétaire
International qui a un principe : on n’annule aucune dette multilatérale
. On peut reporter des échéances mais on n’annule
pas. On n’annule que très rarement, de gré à
gré, entre les pays. On vient par exemple d’annuler une grosse
partie de la dette de l’Irak. La dette irakienne à elle toute
seule est nettement plus importante que celle de tous les pays de l’Afrique
sub-saharienne réunis. Mais, pour que l’Irak puisse développer
son industrie pétrolière au plus vite, on fait annuler cette
dette pour accélérer la reconstruction et ainsi faciliter
l’accès des multinationales notamment américaines
à un pays qui ait des infrastructures en état de fonctionnement.
Au Mali, il n’y a pas de pétrole…
Votre film se construit entre plans fixes et un commentaire plutôt
littéraire . Pourquoi le choix d’un tel dispositif ?
Quelle esthétique donner à un film qui traite d’économie,
d’une idée aussi complexe et inextricable que la dette internationale
? Ce film est construit comme une méditation, celle de quelqu’un
qui arpente le pays, et observe patiemment, un peu en retrait. En Afrique,
observer en plan fixe une rue, le fourmillement de ces personnes qui essaient
de se débrouiller en faisant du « petit commerce »
comme on dit là-bas est quelque chose de vertigineux. Une grande
partie du drame actuel de l’Afrique contemporaine s’y joue.
Il ne s’agissait donc pas d’illustrer les réflexions
proposées « à haute voix », mais de proposer
en regard des mes interrogations des images pour que tout cela «
travaille à l’écran »… Dissociation des
images et du son…
Il y dans votre documentaire un point de vue philosophique exprimé
à travers des références notamment à la théorie
du don de Jacques Derrida. L’aide au développement, est-ce
du don?
Plusieurs philosophes, dont Jacques Derrida et Jean-Luc Marion, se sont
intéressé à la question du don. La conclusion majeure
est que le don absolu est quasiment impossible. Pour chaque « opération
de don », il faut une trinité : il y a l’instance qui
donne, celle qui reçoit et ce qui est donné. Ces philosophes
ont montré que s’il y a un composant de la trinité
qui manque, alors il est possible de faire un don absolu. Sinon, le don
a toujours comme corollaire une contrepartie, fut-elle uniquement morale…
Par exemple, si vous marchez dans la rue, vous déposez un billet
de 100 euros sur le sol et que vous partez en courant, vous avez alors
fait un don absolu. Le destinataire, vous ne le connaissez pas…
Au nom de l’aide au développement, on a prêté
de l’argent aux pays du Sud avec des intérêts à
des taux très bas. Le don c’était principalement cela,
des taux d’intérêts variables mais initialement très
favorables. Mais la trinité dont les philosophes parlent étant
réunie, il y a par conséquent une dette, ou des dettes…
Le film s’est ainsi intéressé à ces contreparties…
Vous n’avez pas fait le choix de suivre un personnage qui
vivrait, subirait, cette dette ? Pourquoi ?
Le Mali fait partie des 10 pays les plus pauvres du monde. J’ai
filmé et rencontré de nombreuses personnes qui subissaient
de plein fouet les conséquences indirectes de la dette. Mais la
juxtaposition dans le film de ces drames individuels et de la réflexion
sur les causes du drame à l’échelle macro-économique
ne fonctionnait pas. Il aurait fallu faire un autre film…
Propos recueillis à Paris, en avril 2005, par Jean Rabinovici
pour "O de conduite" magazine de l'UFFEJ - Union Francaise
du Film pour l'Enfance et la Jeunesse www.uffej.net
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Cette dette qui étrangle
le Mali
Djourou une corde à ton cou, le film documentaire d’Olivier
Zuchuat
mercredi 25 mai 2005 - www.Afrik.com
Djourou une corde à ton cou du réalisateur suisse, Olivier
Zuchuat, fait l’état des lieux d’un Mali qui croule
littéralement sous le poids de sa dette extérieure. L’œuvre
expose les répercussions économiques, sociales et politiques
désastreuses de cette situation sur la population.
Par Nadège Ouinsou
« Qui paie ses dettes s’enrichit », dit le proverbe.
Pourtant, la réalité malienne va visiblement à l’encontre
de cette affirmation. Le film documentaire Djourou une corde à
ton cou, du cinéaste suisse Olivier Zuchuat, dresse un bilan catastrophique
de la situation économique, sociale et politique du Mali. La principale
cause désignée de tous les maux du pays : sa dette extérieure.
Ses bourreaux : la Banque Mondiale et le Fonds Monétaire International
(FMI).
Les montants empruntés déjà sept fois payés
Le documentaire met en évidence un paradoxe que connaissent la
plupart des pays africains. Bien qu’il ait payé sept fois
les montants empruntés, le pays s’enlise dans une dette sans
fin, aujourd’hui estimée à 2,7 milliards de dollars.
« Il y a une spirale infernale qui s’est mise en place ; on
a fini par emprunter de l’argent pour rembourser la dette en faisant
ainsi d’autres dettes », explique le réalisateur.
Le film s’appuie sur le point de vue de divers acteurs économiques
au Mali : un ministre malien des Finances, un expert en économie
du développement, des avocats helvétiques chargés
de retrouver l’argent de la dictature dans les coffres des banques
suisses, des paysans planteurs de coton et un représentant du Fonds
Monétaire International.
« Qui aide qui ? »
Le reportage prend bien en compte le caractère multidimensionnel
de la dette extérieure malienne. Ainsi, le spectateur qui connaît
peu ou prou le pays a la chance de découvrir par la même
occasion son histoire post-coloniale. L’auteur ne nous impose en
aucun cas une vision manichéenne du monde. Bien au contraire, il
expose sans parti pris, les torts partagés entre le Nord et le
Sud. Certes, le gouvernement malien miné par la corruption a très
mal géré les sommes qui lui ont été prêtées.
Mais les pays du Nord, et la France en particulier, n’ont pas intérêt
à supprimer la dette. C’est pourquoi le président
de la banque mondiale, James Wolfensohn, déclarait lors d’une
conférence de presse « si vous avez une société
basée sur l’annulation de la dette, qui investira dans la
dette ? L’annuler bousillerait le marché financier (ndlr)
». L’œuvre démontre clairement comment «
les pays du Nord donnent d’une main ce qu’ils reprennent de
l’autre ». Le narrateur pose donc une question cruciale :
« qui aide qui » ? Les apparences seraient-elles finalement
trompeuses ?
Olivier Zuchuat, a fait des études de physique mathématique.
Il a travaillé comme dramaturge et metteur en scène sur
des textes de Bertolt Brecht et de Heiner Müler. Passionné
d’économie, il considère que « pour quelqu’un
qui a un passé de mathématicien, les rouages de la macroéconomie
sont quelque chose de fascinant ». Celui qui tente « de comprendre
les mécanismes des grands flux financiers qui circulent autour
de notre planète et leurs influences sur la vie des uns et des
autres » avait réalisé son premier film autour de
la spéculation sur les marchés des changes.
www;afrik.com
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son documentaire est un exposé de maîtrise d'éco
avec ribambelle de chiffres…Gregory Alexandre (article entier disponible
dans Cinélive n°91, page 70)
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 France-culture
TOUT ARRIVE
Mots de cinéma (et images)
émission du 08 Juin 2005
Du cinéma, rien que du cinéma en ce mercredi, comme chaque
semaine, mais sous différentes formes.
D'abord de la fiction, avec le nouveau et beau film du chinois Jia Zhang-Ké,
dans un parc d'attraction. Puis les extravagances et la libido exacerbée
à l'oeuvre dans A dirty shame du provocateur américain
John Waters.
Puis, en plateau, c'est le suisse Olivier Zuchuat qui nous présente
son film qui fait mal : un documentaire sur les rapports Nord-Sud, la
dette qui accable les pays en voie de développement, l'argent qui
semble plutôt remonter des plus pauvres vers les plus riches...
"Qui aide qui ?" s'est-il demandé, avec ce parcours
personnel et historique au Mali.
Enfin, après un détour par la riche actualité Chaplin
(expo + ressortie de monsieur Verdoux en salles et en DVD), il est question
de mots sur le cinéma, grâce aux textes que font paraître
les connaisseurs Alain Bergala et Jacques Aumont. Les mots qu'ils écrivent
comme un prolongement de l'amour qu'ils portent au cinéma, pour
Eisenstein, pour Fassbinder...
Pour écouter l'émission
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Djourou
une corde à ton cou
Un essai économique accablant
pour l'occident…
Depuis plusieurs années, le documentaire s'impose comme un genre
cinématographique à part entière. Rappelez-vous la
palme d'or 2004 décernée à Michael Moore pour son
pamphlet contre George Bush, ou encore le succès rencontré
récemment par LE CAUCHEMAR DE DARWIN.
C'est au Mali et au problème de ses dettes extérieures que
le réalisateur Olivier Zuchuat a décidé de consacrer
ce film d'une heures cinq minutes, dans l'ensemble intéressant.
Allergiques aux théories économiques compliquées
et parfois rasoires, DJOUROU est pour vous : paroles de spécialistes
pour nous éclairer et nous permettre de comprendre. L'intérêt
réside également dans la diversité des intervenants
choisis. Il est difficile d'accuser ce film de prendre partie sans fondement
: le ministre des finances du Mali, le simple paysan planteur de coton,
des membres du Fond Monétaire International, chacun y va de son
avis. Alors les conclusions sont accablantes pour l'Occident, et les plus
ardents défenseurs des pays industrialisés ne pourront guère
trouver d'arguments valables.
Malheureusement, il manque à ce DJOUROU un petit quelque chose,
capable de vous passionner pendant une heure. Est-ce cette voix-off, dont
le timbre semble inadapté au sujet ? Quant aux flous artistiques
auxquels le réalisateur a recours pour les images d'archives, ils
sont parfois inadaptés. Elles auraient gagner en pertinence à
être mieux exploitées. Mais soyons indulgents : DJOUROU est
sincère sans être larmoyant, parfois révoltant. A
voir, pour la cause qu'il défend…
Sophie Cucheval
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